Qu'est-ce que l'hypnose ?
Qu'est-ce que l'hypnose réellement ? État naturel, preuves scientifiques, phénomènes hypnotiques et idées reçues démystifiées.
Entre les spectacles où l’on voit des volontaires s’endormir en un claquement de doigts et les cabinets où l’on traite des phobies en quelques séances, l’hypnose reste entourée de mystère et d’idées reçues. Pourtant, elle n’a rien de surnaturel : c’est un état naturel de l’esprit, que chacun expérimente régulièrement sans même s’en rendre compte.
Un mot, trois sens
Le mot “hypnose” est utilisé dans le langage courant pour désigner trois choses différentes, ce qui explique une bonne partie de la confusion autour du sujet :
- L’état hypnotique : un état modifié de conscience, différent de la veille comme du sommeil. C’est le sens de la phrase “l’hypnose, c’est très relaxant”.
- L’induction : l’ensemble des techniques qui permettent d’entrer dans cet état. C’est le sens utilisé pour “faire de l’hypnose” ou parler d’un “spectacle d’hypnose”.
- L’hypnothérapie : l’utilisation de l’état hypnotique dans un cadre thérapeutique, pour provoquer un changement. C’est le sens de “j’ai arrêté de fumer grâce à l’hypnose”.
Fixer ce vocabulaire aide à s’y retrouver : l’hypnose désigne l’état, l’induction les techniques pour y entrer, et l’hypnothérapie l’usage thérapeutique qui en est fait.
L’inconscient, un allié méconnu
Si l’hypnose a un effet, c’est parce qu’elle donne accès à une partie de l’esprit qui fonctionne en permanence, sans intervention de la volonté : l’inconscient. C’est lui qui gère les réflexes, les émotions, les automatismes, les habitudes profondes — tout ce que l’on ne pilote pas consciemment. Il continue de fonctionner même pendant le sommeil, et l’hypnose permet d’entrer en communication avec lui plus facilement qu’à l’état ordinaire.
(Pour aller plus loin sur ce sujet, voir la page dédiée : L’inconscient)
Un état prouvé scientifiquement
Longtemps, la question s’est posée de savoir si l’hypnose était un véritable état ou simplement un rôle que certaines personnes acceptaient de jouer. Les techniques modernes d’imagerie cérébrale — IRM, PET-Scan — ont tranché la question : sous hypnose, certaines zones du cerveau s’activent différemment qu’à l’état de veille.
Les premières études d’imagerie remontent au milieu des années 1990, avec les travaux de chercheurs comme Amir Raz, Stephen Kosslyn ou Pierre Rainville, aux États-Unis et au Canada. Elles ont notamment montré qu’il est possible, sous hypnose, de réduire la perception de la douleur — non pas en “faisant semblant”, mais parce que les zones cérébrales qui traitent la douleur ralentissent réellement leur activité. La littérature scientifique sur le sujet est aujourd’hui abondante : la base de données médicale Pubmed référence plusieurs milliers d’articles scientifiques consacrés à l’hypnose.
Un état naturel et spontané
Loin d’être une curiosité de spectacle, l’hypnose fait partie du fonctionnement normal du cerveau. Nous y entrons spontanément plusieurs fois par jour, souvent sans nous en apercevoir :
- Au volant, sur une route monotone : on pense à autre chose, puis à autre chose encore, et l’on réalise soudain qu’on ne se souvient plus des derniers kilomètres — alors qu’on a bien conduit, freiné, accéléré normalement pendant tout ce temps.
- Devant un film ou une série qui captive : on oublie complètement son environnement, on vibre avec les personnages, jusqu’à sursauter ou avoir les larmes aux yeux.
- “Dans la lune”, le regard dans le vide, sans penser à rien de précis.
Dans tous ces moments, la conscience s’évade pendant que l’inconscient continue de gérer l’essentiel — exactement comme en hypnose. C’est cette dissociation naturelle entre les deux qui permet, avec une approche adaptée, d’entrer volontairement dans cet état.
Les niveaux d’hypnose
Le Dr Milton Erickson, psychiatre et psychologue américain considéré comme le plus influent hypnothérapeute du XXe siècle, distinguait trois niveaux d’hypnose, selon le degré de participation de la conscience :
- L’hypnose légère : la personne reste consciente de ce qui se passe, entend tout, comprend tout, et se souvient de l’intégralité de la séance.
- L’hypnose moyenne : la conscience va et vient. Certains souvenirs restent clairs, d’autres deviennent flous ou partiels.
- L’hypnose profonde : la conscience s’efface presque totalement au profit de l’inconscient, avec parfois une amnésie spontanée de la séance.
Contrairement à une idée répandue, l’hypnose légère suffit largement pour un travail efficace — c’est même souvent dans cet état que les progrès sont les plus rapides, la conscience restant présente pour participer activement. La profondeur d’hypnose varie énormément d’une personne à l’autre : certaines l’atteignent en quelques dizaines de secondes, d’autres nécessitent un entraînement plus long. Cette variabilité n’a rien à voir avec une quelconque “capacité” à être hypnotisé — voir plus bas.
Les phénomènes hypnotiques
Sous hypnose, certaines réactions naturelles et involontaires peuvent apparaître. Elles ne sont pas systématiques, mais quand elles se manifestent, elles illustrent bien le pouvoir de l’esprit sur le corps :
- La catalepsie : suspension du mouvement volontaire d’une partie du corps — souvent un bras — qui perd sa souplesse habituelle et prend une consistance particulière, parfois décrite comme “cireuse”.
- La lévitation : une main ou un bras se soulève, comme animé d’une force indépendante de la volonté.
- L’hypermnésie : la capacité à retrouver des souvenirs que l’on pensait oubliés, parfois même jamais évoqués depuis l’événement lui-même.
- L’amnésie : à l’inverse, l’oubli, spontané ou provoqué, de certains éléments de la séance.
- La dissociation : une sensation de détachement par rapport à son propre corps, comme si l’esprit observait la scène de l’extérieur.
- L’analgésie : une diminution ou une suppression de la perception de la douleur dans une partie du corps.
Ces phénomènes varient selon les personnes et selon la profondeur d’hypnose atteinte — il n’existe pas de règle universelle. Certains les ressentent dès la première tentative, d’autres pas du tout, sans que cela présage quoi que ce soit sur leur capacité à bénéficier de l’hypnose par ailleurs.
Tout le monde est-il hypnotisable ?
C’est l’une des craintes les plus fréquentes : “et si je n’étais pas hypnotisable ?” Cette idée repose sur un malentendu. Au début du XXe siècle, faute de bien comprendre le phénomène, certains praticiens ne disposaient que d’un seul type d’induction, adapté à certains profils seulement — ce qui a nourri l’idée que l’hypnose “ne marchait pas” sur tout le monde.
Les travaux d’Erickson ont montré au contraire que la quasi-totalité des personnes peuvent entrer en état d’hypnose, à condition que l’induction utilisée soit adaptée à leur fonctionnement propre. Une personne très visuelle réagira différemment d’une personne kinesthésique, par exemple — ce qui explique pourquoi certains “tests d’hypnotisabilité” standardisés, comme les échelles de Harvard ou de Stanford, donnent des résultats trompeurs : ils mesurent la capacité à réagir à un script unique, pas la capacité réelle à entrer en hypnose. Quand l’hypnose ne “prend pas”, la cause est généralement à chercher du côté de la méthode employée plutôt que d’une prétendue incapacité de la personne.
Démystifier l’hypnose
Beaucoup d’idées fausses circulent encore sur l’hypnose. Voici les plus courantes, et pourquoi elles ne résistent pas à l’examen :
“Sous hypnose, on est à la merci de l’hypnotiseur.” Faux. En hypnose légère — la plus courante — la personne reste pleinement consciente et garde le contrôle. Même en hypnose profonde, elle reste elle-même : personne ne peut modifier sa volonté ou sa personnalité contre son gré.
“On est obligé de tout dire sous hypnose.” Faux également. Une personne peut tout à fait taire ce qu’elle ne souhaite pas partager, voire, si elle le souhaite, raconter une version inexacte des faits. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les témoignages obtenus sous hypnose ne sont pas considérés comme fiables.
“On ne se souvient de rien après une séance.” C’est vrai seulement pour l’hypnose profonde, qui reste relativement rare. En hypnose légère, la personne se souvient de l’intégralité de la séance si elle le souhaite.
“On ne peut pas rester bloqué en hypnose.” L’état hypnotique s’estompe naturellement à la fin d’une séance, tout comme on sort naturellement d’un moment d’absorption dans un film ou d’une rêverie au volant.
En réalité, l’hypnose n’est qu’un outil. Comme tout outil, son efficacité dépend entièrement de la façon dont il est utilisé et de l’objectif poursuivi.
Et ensuite ?
Comprendre ce qu’est l’hypnose est la première étape. Pour aller plus loin, plusieurs directions sont possibles selon ce qui vous intéresse :
- Apprendre à pratiquer l’hypnose sur soi-même → Qu’est-ce que l’autohypnose ?
- Découvrir l’approche spécifique de Milton Erickson → L’hypnose ericksonienne
- Comprendre l’usage thérapeutique de l’hypnose → Qu’est-ce que l’hypnothérapie ?
- Explorer plus en détail la notion d’inconscient → L’inconscient
Aller plus loin
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